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Compagnonnage

subs, masc.

I. Temps obligatoire de travail qu'autrefois les ouvriers devaient passer chez les patrons avant de pouvoir s'établir à leur compte.

L'ouvrier passait d'abord par le noviciat, puis par le compagnonnage avant d'arriver à la maîtrise.

II. Société formée entre les ouvriers d'une même corporation dans le but de se secourir et de se procurer du travail.

Pour être reçu compagnon, l'affilié ou aspirant faisant partie de la société devait exécuter un chef-d'œuvre ; il n'était admis que cinq ans après avoir été reçu apprenti.

Ces sociétés qui tendent actuellement à disparaître se divisaient en trois groupes principaux, rivaux entre eux.

Le premier groupe était celui des Enfants de Salomon ou Compagnons du devoir de Liberté, qui prétendaient avoir reçu leurs statuts de Salomon lui-même.

Les tailleurs de pierre en faisaient partie sous le nom de Compagnons étrangers ou Loups.

Les menuisiers et serruriers sous le nom de Gavots.

Les charpentiers après s'être séparés des Enfants du père Soubise, se sont adjoints à ce groupe sous le nom de Renards de Liberté.

Le deuxième groupe était celui des Enfants de Maître Jacques ; ils prétendaient que maître Jacques était originaire de la Gaule et avait aidé Salomon dans la construction du temple de Jérusalem.

Les tailleurs de pierre en font partie sous le nom de Compagnons passants ou Loup-Garous, et les menuisiers et serruriers, sous celui de Compagnons du devoir ou Dévorants, qui provient de Devoirant (les compagnons des différents ordres ayant tous un devoir, c'est-à-dire un ensemble de lois et de règlements).

Les Enfants du Père Soubise formaient le troisième groupe ; ils prenaient le nom de Drilles ; les charpentiers, les couvreurs et les maçons (plâtriers) en faisaient partie.

Les Drilles charpentiers appellent le patron Singe, le compagnon Chien, l'aspirant Renard et l'apprenti Lapin.

Ces associations avaient pour but non seulement d'assurer du travail à l'ouvrier qui arrivait dans une ville, mais aussi de lui faire trouver, loin des siens ou de son pays, des mains amies et des secours s'il en avait besoin.

Elles avaient aussi pour but de réunir les hommes de même métier dans une commune défense contre l'arbitraire de certains patrons. Les syndicats actuels en découlent, donc directement, comme aussi les sociétés de secours mutuels.

Dans une ville chaque société avait un local où les compagnons couchaient et prenaient leurs repas ; l'hôte et l'hôtesse portaient le nom de père et mère des compagnons.

Malgré les rivalités existant entre ces sociétés, rivalités qui ont parfois donné lieu à des rixes assez graves dans les villes où ces associations se trouvaient réunies et sur les routes où se rencontraient des compagnons de devoirs différents, le compagnonnage avait un but fraternel fort louable, il était en même temps pour l'apprenti un stimulant à apprendre son métier pour arrivera pouvoir produire le chef-d'œuvre qui seul lui permettait d'être reçu compagnon. Cette rigueur des ouvriers de n'admettre parmi eux et de ne compter comme un des leurs que des camarades ayant donné des preuves de leur capacité n'a pas été sans influence sur les progrès accomplis aussi bien que sur la beauté des travaux produits.

Nous sommes aujourd'hui fort loin de tels résultats et bien des ouvriers sont admis aux ateliers et même s'établissent qui seraient embarrassés de produire le moindre chef-d'oeuvre professionnel.