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Coloration (des bois)

subs. fém.

Ensemble des moyens que l'on emploie pour donner au bois une teinte spéciale.

Les bois sont colorés artificiellement par un ensemble de procédés chimiques qui permet de faire pénétrer dans le tissu du bois des matières colorantes végétales ou minérales.

Les procédés employés pour l'introduction de ces matières sont les mêmes que ceux mis en usage pour injecter les bois.

Les matières et les moyens par lesquels les menuisiers et les ébénistes colorent artificiellement les bois sont variés.

Le chêne neuf prend un ton foncé ou vieux chêne en l'exposant, dans un espace fermé, aux évaporations de l'ammoniaque ; l'exposition pendant un temps plus ou moins long donne des teintes plus ou moins foncées.

L'alcali étendu à froid avec un pinceau lui donne la même couleur, mais un peu violacée, tirant sur la couleur du noyer.

Ces deux procédés ne nécessitent aucun ponçage après la mise en couleur.

L'eau seconde fonce également le ton du chêne en lui donnant une teinte verdâtre ; elle fait relever les pores du bois et nécessite un léger ponçage.

Le chêne prend une belle teinte brune si on y passe à chaud et successivement une couche de cachou, puis une couche de chromate de potasse ; ces deux produits se dissolvent dans l'eau en les faisant bouillir.

Le brou de noix donne le ton du noyer à tous les bois d'un ton clair.

Les couleurs rouges ou acajou sont données par le bois du Brésil, le bois de campêche, le bois d'Inde, que l'on fait bouillir dans l'eau ; le liquide teinté se passe à chaud ou à froid sur le bois.

Si, en vernissant l'acajou, le palissandre, on met dans le tampon de la poudre de Santal ou de fuschine, on accentuera leur couleur.

La chaux donne au cerisier, à l'alizier, etc. la couleur de l'acajou.

Les bois se colorent d'un beau noir en passant à chaud une couche de campêche, puis immédiatement après, une couche de pyrolignite de fer.

On donne au chêne neuf une couleur vieux chêne plus ou moins foncée au moyen de diverses substances.

Le Bitume de Judée dissous dans l'essence s'étend sur le bois avec un pinceau ; quand il est sec on le frotte avec une brosse et il devient assez luisant sans encaustique.

Le bitume de Judée a l'inconvénient de noircir les pores du bois.

L'eau seconde que l'on prépare en faisant dissoudre de la potasse dans l'eau, soit à chaud, soit à froid, se passe de même sur le bois avec un pinceau ou une éponge fixée à un manche, afin de préserver les doigts du mordant de la potasse. Quand la teinte est suffisamment sèche, on la frotte avec une brosse de chiendent pour rabattre le pore, puis on passe à l'encaustique. Cette teinte s'affaiblit un peu en vieillissant. On obtient le même résultat avec le chromate de potasse dissous à chaud.

On emploie également les vapeurs de l'alcali ou de l'ammoniaque pour les teintes en vieux chêne. Pour cela on place l'ouvrage à teinter dans un espace parfaitement clos (l'alcali étant très volatil), ce que l'on obtient en collant du papier où il y a des vides. L'alcali est versé dans un certain nombre d'assiettes que l'on dispose pour que l'évaporation se fasse également dans toutes les parties de l'endroit clos, une cheville en chêne qui traverse une des parois permet en la retirant de juger le degré de la teinte.

Ce procédé, qui demande un local ou une caisse spéciale, peut être remplacé en passant l'ammoniaque liquide au pinceau ; la couleur obtenue est la même ; mais ce procédé plus pratique ne permet pas de juger aussi exactement du degré de la teinte.

La couleur du noyer est donnée par le brou de noix préparé en laissant macérer les écorces de noix dans l'eau ; on le trouve tout préparé chez les marchands de couleur.

L'eau de chaux est employée au même usage pour certains bois, tels que le cerisier, le merisier, que l'on laisse séjourner pendant quelques heures dans cette dissolution ; quand les bois sont retirés de l'eau de chaux et, avant qu'ils ne soient séchés, on leur passe à chaud une couche d'une eau dans laquelle on a fait bouillir de la sciure d'acajou.

On se sert actuellement d'un produit connu sous le nom de noir chimique qui se trouve chez les marchands de couleur.

Il suffit, quand la couche est sèche, de la frotter à la brosse pour donner au bois un beau noir et un beau poli.

On évite ainsi la couche de campêche et d'encaustique.

Toutes ces teintes doivent être contenues dans des vases en verre ou en terre. Les vases en cuivre ou en fer pouvant être attaqués par certaines substances que l'on emploie, les teintes pourraient contenir en dissolution du cuivre ou du fer qui produiraient des taches sur la coloration.

On accentue la coloration des bois ainsi teintés par le mélange de matières colorantes dans l'encaustique, telles que la terre de Cassel, la terre d'ombre, etc., pour les tons bruns ou encore avec de l'orcanette que l'on a fait macérer dans l'essence avec laquelle on fait l'encaustique. Ce dernier procédé est préférable parce que les terres ont l'inconvénient de laisser un dépôt dans les pores du bois.

Les vernis sont colorés en rouge par le santal dissous dans les vernis ou déposé dans le tampon.

La fuchsine est employée pour les tons rouges violacés.

Le noir d'ivoire est employé de même pour les tons noirs soit dans l'encaustique ou dans les vernis.