<< Mise

Mitoyenneté >>

Miséricorde

subs. fém.

Miséricorde à la cathédrale de ClermontConsole ou cul-de-lampe, fixé sous le siège ferré en abattant d'une stalle d'église.

Cette console permet, quand l'abattant est relevé, de s'asseoir, tout en paraissant garder la position verticale.

Les miséricordes sont à pans ou de formes circulaires. La partie en cul-de-lampe en est plus ou moins décorée.

Elles sont fixées sur le siège au moyen de vis ou assemblées avec des clefs collées. On leur donne aussi le nom de patience. (Voy. stalle.)

Fig. 2471. Miséricorde à la cathédrale de Clermont.

La figure indique les deux positions de la miséricorde relevée et abattue. Echelle de 0,085 par mètre.

Roubo, auquel il faut toujours revenir quand on veut remonter aux principes véritables de la menuiserie, s'explique ainsi sur les miséricordes.

« Ce sont des espèces de petites consoles ou culs-de-lampe qui sont attachés dessous les sièges, afin qu'on puisse s'appuyer dessus lorsque le siège est levé. On les nomme ainsi parce que autrefois on se tenait debout pendant l'office divin. Mais, par la suite des temps, on a permis cette espèce de petit siège, non pour s'asseoir, mais pour se soulager en s'y appuyant un peu : c'est ce qui les a fait nommer miséricordes. »

Si Roubo avait conclu que c'était par miséricorde, par pitié, que l'on avait imaginé cette sorte de petit strapontin fixé à l'abattant, la conclusion d'où il tire l'origine du mot aurait été plus probante.

Le Menuisier du roi, c'était le titre officiel de Roubo, continue ainsi :

Elles ont ordinairement 0m,135 à 0m,149 de saillie sur 0m,486 de longueur, prise de leurs extrémités, et 0m,243 à 0m,270 dans le milieu de leur largeur. La forme de leur cintre est celle d'un cintre en S de chaque côté de leur longueur.

Le dessous des miséricordes est terminé en cul-de-lampe garni de moulures ou d'ornements, ce qui est la meilleure manière. Il faut éviter que ces ornements ne soient trop grossiers ou confus ; c'est pourquoi les feuilles de refend sont préférables à tous autres.

Le dessus des miséricordes doit être incliné avec le dessous des sièges, de sorte que quand ces derniers sont levés, le dessus des premières se présente de niveau et non pas déversé en arrière comme on l'a maladroitement fait aux stalles neuves de Saint-Louis, rue Saint-Antoine, ce qui est contraire au bon sens, parce que si les miséricordes avaient à pencher, il vaudrait mieux que ce fut en dehors ; nous croyons même qu'elles en seraient plus commodes. L'expérience fait voir que celles qui sont parfaitement de niveau gênent et renvoient en dedans ; à plus forte raison celles qui penchent en arrière.

Les miséricordes sont ordinairement collées à plat joint sous le siège qu'elles affleurent en devant. Mais la meilleure manière est de coller au milieu de la miséricorde un tenon qui excède de 0m,018 à 0m,020.

Tenon à queue de miséricordeOn coupe ensuite ce tenon en forme de queue sur la largeur, puis on fait dans le dessous du siège une mortaise, non pas vis-à-vis de celle de la miséricorde, mais plus sur le devant, de toute l'épaisseur du tenon, laquelle sert de refente pour placer la queue que l'on trace sur le côté de la mortaise faite avec un calibre sur lequel toutes les queues ont été faites. Fig. 2472.

Fig. 2473. Tenon a queue servant à rattacher la miséricorde au siège.

Fig. 2474. Miséricorde prête à entrer dans le siège.

Stalle d'église avec miséricordeIl faut aussi observer que les miséricordes sont de deux morceaux, le dessus se rapportant de l'épaisseur du tors ou demi-rondée que l'on fait pour économiser le bois.

Fig. 2475. Stalle d'église montrant la miséricorde.

Fig. 2476. Coupe de la figure précédente.

Les miséricordes ont servi, à toute époque, de prétexte à des motifs de sculptures très variées. Depuis la simple mouluration ornée jusqu'aux fantaisies les plus recherchées, tout a été mis en œuvre pour orner ces petits sièges. Surtout à l'époque du moyen âge, les artistes n'ont pas toujours tenu grand compte du respect dû à l'endroit où ces petits sièges se dressaient ; et, dans bien des cas, leur imagination a dépassé les limites de la convenance. Nous aurons du reste plus d'une fois à constater dans les sculptures des édifices religieux ces licences qui ne sont que d'exceptionnelles raretés dans les monuments non religieux.

Miséricordes d'églises et cathédralesFig. 2477. Miséricorde à l'Eglise de Montmorency (XVIe siècle).

Fig. 2478. Miséricorde à la Cathédrale de Poitiers (XIIIe siècle).

Fig. 2479. Miséricorde à l'Eglise Sainte-Croix (XVe siècle).