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Louis XII (Style)

Crédence de l'époque de Louis XIIIl n'y a pas, à proprement parler, de style Louis XII (XVIe siècle, de 1478 à 1515), ou du moins le style de cette époque, transition entre le style ogival qui finissait et le style plein cintre qui allait commencer avec la Renaissance, a eu une trop courte durée pour marquer une étape importante dans l'évolution de l'art décoratif. Cette époque est cependant utile à connaître et intéressante, justement comme art de transition, à cause du singulier mélange que l'on y trouve de l'ornementation passée et de celle qui n'avait pas encore commencé.

Le style Louis XII peut, à proprement parler, être considéré comme faisant encore partie de la période ogivale, de la dernière période de ce style que l'on a appelée le style ogival flamboyant ou fleuri (Voy. ogival), qui est la décadence du style ogival, l'époque où l'on a abandonné les lignes sévères et sobres que l'on a remplacées par des ornementations nombreuses et variées, par une profusion de feuillages, de croisements de lignes. L'ogive pure a été remplacée par l'ogive en accolade ou arc sur-baissé ; les feuillages sont plus déchiquetés, plus alanguis dans leurs formes et n'ont plus la sévérité, la pureté de ligne que l'on observe dans les périodes précédentes ; c'est un art de décadence où déjà se montre la fantaisie, où la forme se détache, s'arrondit, s'assouplit ; c'est de cette tendance que naîtra plus tard la Renaissance.

Nous avons en France une quantité de monuments qui datent de cette époque ou plutôt qui ont été terminés à ce début du XVIe siècle. Et il n'est pas rare de rencontrer des églises qui, commencées au XIIIe siècle, c'est-à-dire au début du style ogival, n'ont été terminées qu'au début du XVIe siècle et qui portent, de la base au faîte, la trace des étapes successives par lesquelles le style ogival a passé pendant ces trois siècles. Très sobres de conception, très purs dans leurs lignes au pied de l'édifice, ces monuments arrivent, successivement et par graduation, à une période plus indépendante, plus libre, plus touffue en ornementation ; c'est le Louis XII.

Mais c'est surtout à l'étranger que ce style a eu sa grande vogue. En Allemagne, en Angleterre, sous les règnes de Henri VII et de Henri VIII, cette exubérance d'ornementation appliquée au style ogival a été fort goûtée, et l'arc surbaissé qui a remplacé l'ogive est également appelé arc Tudor, à cause de son emploi fréquent sous les règnes que nous venons d'indiquer.

Il n'est donc pas étonnant que l'on retrouve dans la menuiserie et dans l'ébénisterie de cette époque les mêmes traces de décadence et de fantaisie que l'on constate dans les monuments.

La transition ne se fait pas brusquement d'un style à un autre ; c'est par étapes successives, c'est par déformations du style ancien que naît et se forme le style nouveau ; ce sont ces déformations qui deviennent l'embryon du style nouveau et, qui feuillages, de croisements de lignes. L'ogive pure a été remplacée par l'ogive en accolade ou arc sur-étudiées, châtiées, établissent les règles, les principes du style qui va naître.

Le Louis XII n'est donc, à proprement parler, qu'un style de transition, qu'un passage très court entre deux époques éblouissantes : le gothique et la Renaissance ; il nous offre le mélange des caractères de ces deux époques ou plutôt il est intéressant parce qu'il nous montre l'acheminement suivi par l'art décoratif pour, partant de l'arc ogival et de la sévérité du gothique, arriver au plein cintre et aux formes souples et arrondies de la Renaissance.

Il n'est donc pas étonnant de retrouver dans un même meuble, dans un même morceau d'ébénisterie ou de menuiserie décorative, à côté des moulurations spéciales dont les profils caractérisent si bien le style ogival, à côté des clochetons, à côté des rosaces et de toutes les formes du moyen âge, il est intéressant de trouver la forme plein cintre, la coquille enclavée dans une niche cintrée, les figures en haut-relief entourées de guirlandes, les chutes, les guirlandes, les têtes ailées que l'on trouvera plus tard dans les œuvres de la Renaissance.

Partout où se trouveront réunis ces deux genres si différents de notre ornementation, on peut désigner, sans crainte d'erreur, le Louis XII ou le début du Louis XIII comme étant la date d'origine, ou, au plus tôt, l'époque de Charles VIII (1483-1494) ; c'est-à-dire que la date d'origine se localisera de 1490 à 1520.

En effet, déjà sous Charles VIII, on trouve dans les travaux décoratifs une tendance bien marquée à se séparer de l'ogival et à se rapprocher du plein cintre ; les formes ornementales n'ont déjà plus la gracilité, la mièvrerie particulière à l'époque ogivale ; déjà aussi la coquille fait son apparition ; elle sera plus tard un des éléments importants de la décoration sous la Renaissance.

Façade de bahut de l'époque de Charles VIII

La figure 2065. qui représente une façade de bahut de l'époque de Charles VIII peut donner une idée très exacte de ce commencement de transformation de l'art ornemental ; transformation qui est d'autant plus remarquable et significative qu'au règne précédent, Louis XI (1461-1483), l'on est encore en pleine période ogivale et que tout ce qui date de cette époque reste dans les formes du gothique le mieux caractérisé. Ce sont les choux, les crochets, les rosaces avec formes variées, ce sont les ogives, en un mot le gothique dans sa plénitude, avec à peine une très faible tendance à essayer du plein cintre ; et encore cette tendance n'est-elle qu'exceptionnelle et ne se rencontre-t-elle que très rarement.

Devanture de coffret époque Louis XI au musée de Cluny

Les figures 2066 et 2067 qui représentent : l'une une devanture de coffret, époque Louis XI, au musée de Cluny, à Paris, l'autre un panneau de bahut, donneront, bien qu'étant de genres différents, une idée exacte de l'ornementation à cette fin du XVe siècle. Les ornements du fragment de bahut reproduit par la figure 2067 étant d'un style plus fleuri, moins sévère que ceux de la figure 2066, il est permis de supposer que ce dernier est de quelques années plus ancien que l'autre.

Panneau de bahut

La transition entre les ébénisteries ou menuiseries du temps de Charles VIII et de Louis XI et celles de l'époque de Louis XII est donc bien définie par le mélange des formes gothiques à celles qui se développèrent au XVIe siècle.

Crédence de l'époque de Louis XII

La figure 2068, qui reproduit une crédence de l'époque de Louis XII, au musée de Cluny, à Paris, donne bien exactement l'idée de l'ornementation de cette époque de transition. On remarque de plus que les ferrures, entrées de serrures, etc., que toute la partie métallique en un mot, est demeurée absolument ce qu'elle était au XVe siècle, à l'époque ogivale ; elle n'a pas encore subi la modification, la transformation qui s'observent déjà dans la sculpture.

Cette tendance à s'éloigner des formes gothiques ira s'augmentant toujours à mesure que se prolonge le règne de Louis XII.

La figure 2069, crédence Louis XII, qui est d'une époque postérieure à celle reproduite par la figure 2068, montre que déjà les formes ogivales ont été presque entièrement délaissées ; elles subsistent néanmoins dans la mouluration, dans la présence des parchemins, dans la disposition des colonnettes, dans la forme de leurs soubassements, dans la façon dont les colonnettes sont taillées à facettes ; mais, d'autre part, la forme des panneaux, les figures en haut-relief entourées d'ornements, qui déjà ne sont plus gothiques et ne sont pas encore de la Renaissance, tout cela montre que l'ornementation s'est modifiée, qu'une nouvelle école se fonde et qu'à la décoration un peu allemande de l'ogival va succéder quelque chose de moins sévère, de plus riant, la Renaissance italienne d'abord, la Renaissance française ensuite.

Crédence Louis XII