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Louis XVI (Style)

Siège Louis XVIAprès les excès de fantaisie ornementale que l'on a observés dans la presque totalité du règne de Louis XV et surtout dans les dernières années de ce règne, il devait se produire une réaction. La décoration, ayant à se ressaisir, devait revenir à la simplicité, à la sobriété, à la recherche de la ligne. Cette transformation ne manqua pas de se réaliser ; et, sous réserve d'une période de transition entre le style Louis XV et le style Louis XVI, on constate dans ce dernier autant de sévérité que le précédent en avait peu. On sent un effort considérable, de la part de tous les ornemanistes, à revenir aux principes vrais de l'art décoratif dont on s'était si grandement écarté depuis quelques années.

Cette transformation fut également secondée par les découvertes faites en 1707 à Herculanum et en 1755 à Pompéi. Là, les décorateurs trouvèrent un art d'aspect plus sévère, de formes plus châtiées. Ils s'en inspirèrent, ils recherchèrent la pureté des formes antiques, mais en tempérant leur froideur par une élégance et un charme qui rappelaient encore le souvenir des époques récemment passées.

Même dans les colorations, cette règle s'observa. Les menuiseries sont recouvertes de tonalités d'une finesse extrême. Les nuances sont délicates, les camaïeux sont frais et tendres. Toutes les gammes des gris perle, des verts pâles, des roses passées sont mises en œuvre pour arriver à des effets d'une douceur inouïe que relèvent discrètement quelques pointes d'or. Nous entrons avec ce style en pleine période pastorale et nous trouvons des sujets et des attributs champêtres reproduits un peu partout.

Le règne de Louis XVI ayant été fort court, il n'est pas étonnant que l'on retrouve les mêmes signes distinctifs de ce style sur toutes les sculptures décoratives de cette époque ; signes très précis, très nets et qui ne permettent aucune hésitation dans la classification des œuvres.

Notons d'abord la courte période de transition entre le style Louis XV et le style Louis XVI.

Causeuse Louis XVI au garde meuble nationalLa figure 2147A en est un exemple bien typique ; c'est la reproduction d'un Causeuse faisant partie du Garde-meuble national, à Paris. On remarque, en effet, que les bras, aussi bien que les pieds, sauf le pied du milieu, sont encore contournés, comme on le faisait sous Louis XV ; la partie supérieure du meuble a, au contraire, la rigidité, la sévérité du Louis XVI. Le dossier, d'un arc uni, se terminant avec ressauts à crossettes, est également du plus pur Louis XVI, ainsi que les rosaces et les entrelacs qui se trouvent sur la ceinture, laquelle est également à ressauts. Le pied central, aussi bien dans la forme générale que dans le détail de ses sculptures, est de style Louis XVI.

Ce meuble est certainement un des morceaux d'ébénisterie française les plus curieux par le mélange de ces deux époques qui lui ont imprimé, chacune, ses caractères bien personnels.

Ce qui marque très nettement le style Louis XVI, c'est : tout d'abord, comme nous l'avons dit, une tendance très marquée à une ornementation sobre, se séparant très violemment de toutes les formes qui ont caractérisé la dernière période de Louis XV.

Nous ne retrouverons plus ou presque plus la coquille ; et, quand elle sera employée comme motif décoratif, ce sera en lui laissant une forme sévère et nullement fantaisiste. On ne retrouvera plus ces rinceaux juxtaposés, concaves ou convexes s'entremêlant sans suite et sans ordre, s'enchevêtrant en des volutes capricieuses. Le style Louis XVI au contraire s'efforcera à reconquérir les vrais principes de la composition par l'étude des lignes et par une harmonie sagement équilibrée des éléments employés.

Les meubles et les sièges, aussi bien que les sculptures décoratives ou les menuiseries se feront remarquer par une grande simplicité de lignes, aussi bien dans les lignes principales de la composition que dans les lignes de détails ; nous trouverons très fréquent l'emploi en menuiserie et en ébénisterie des cadres à crossettes. Les pieds des sièges, les jambages des cheminées que l'on a vus en forme de balustres sous Louis XIV et galbés sous Louis XV seront presque toujours droits, formant gaine avec, très fréquemment, des cannelures perlées ou non. La tête de mouton ou de bélier, entourée de guirlandes de fleurs ou de flots de rubans, fait également partie des signes auxquels on reconnaît le style Louis XVI ; de même le pied-de-biche que l'on retrouve dans un grand nombre de motifs décoratifs.

Les colombes se becquetant, les carquois, arcs ou flambeaux enrubannés, les têtes de faunes ou de satyres servant de points de départ à des enroulements de volutes sont aussi des signes distinctifs de. cette époque. Dans l'ébénisterie, on trouvera le bronze finement ciselé employé très fréquemment, très souvent maté et ajoutant sa note discrète aux laquages tendres des sièges et des meubles.

Dans l'ornementation, on remarquera que la forme donnée à la feuille d'acanthe, qui continue d'être une grande ressource ornementale, est toute différente de celle que l'on a vue jusqu'alors. Cette forme est allongée, les échancrures ne forment pas des angles vifs, aigus, mais bien des angles adoucis, les pointes des feuilles sont également arrondies ; les culots sont allongés aussi, avec un étranglement peu après leur naissance, et les feuilles qui les composent se silhouettent presque en forme de panse de vase dont l'étranglement serait le piédouche et le culot le soubassement. Les rosaces qui surmontent fréquemment les pieds sont également allongées et ovoïdes ; quand elles sont rondes, c'est aux feuillages qui les remplissent que l'on donne la forme oblongue — et non seulement on trouve dans les détails cette tendance à une ornementation ovoïdale, mais on la rencontre dans le principe même de la composition.

 

Frises SalembierSous ce rapport, les œuvres de Salembier (fin du XVIIe siècle et début du XVIIIe) sont très caractéristiques. La figure 2147B, qui reproduit quatre Frises de ce maître, montre bien ce qu'est ce style si essentiellement artistique et qui cadre si bien avec notre habitation moderne. On remarquera dans ces frises la forme en panse de vase allongée que prennent les culots ; nous les avons soulignés par la lettre A dans les quatre frises; on voit aussi combien les enroulements, au lieu d'être ronds, comme on les a vus jusqu'ici, sont oblongs, de forme ovale ; les feuilles d'acanthe suivent le même mouvement et par leurs formes aux pointes émoussées, aident encore au mouvement allongé de la composition ; cette même forme ovale est donnée aux rosaces et aux feuillages qui les garnissent. Du même maître, la figure 2148 reproduit des sculptures garnissant des vantaux de portes. On retrouve là les mêmes caractères distinctifs qui viennent d'être décrits. Les guirlandes de fleurs et de fruits, les rubans sont d'un fréquent emploi et se mêlent agréablement aux feuilles d'acanthe qui font la base de cette ornementation.

Sculptures de vantaux de porte par Salambier

La figure 2149 qui est le détail à grande échelle de la Frise du meuble à bijoux (fig. 2150) montre que les fleurs et fruits faisaient corps quelquefois avec les feuilles d'acanthe et s'y mélangeaient ; la frise que reproduit la figure 2149 est en bronze doré appliqué sur marbre foncé.

Détail de la frise du meuble à bijoux de Marie Antoinette

La figure 2150 reproduit, d'après la collection du Garde-meuble, l'Armoire à bijoux de la reine Marie-Antoinette, dont la figure 2149 donne le détail de la frise. Aussi bien dans sa forme générale, qui est rectiligne, que dans ses détails, qui sont sobres et sévères, ce meuble donne bien tous les caractères de l'ébénisterie sous Louis XVI. Les figures reproduisent les quatre saisons. Toute l'ornementation est en bronze doré et ciselé ; le bois est de l'ébène.

Armoire à bijoux de Marie Antoinette

Deux meubles, également tirés du Garde-meuble, sont intéressants :

Fig. 2151. Console. L'agencement des pieds est original. Ils sont faits d'un pied cannelé à torsades de rubans, large à la partie supérieure, fin au bas, se terminant par une griffe et dont le chapiteau est formé d'un vase au long col, sur la panse duquel sont assises deux sirènes ailées. On remarquera les. trophées qui sont sur la ceinture ; le style Empire se les est appropriés.

Console Louis XVI

Fig. 2152. Table à ouvrage très fine et délicate ; elle est en acajou rehaussé de bronzes dorés ; elle provient, comme la console de la figure 2151, du Garde-meuble national de Paris.

Table à ouvrage Louis XVI

Fig. 2153. Fauteuil, au Garde-meuble national ; les pieds sont d'une belle et élégante décoration : le dossier est échancré en quart de cercle aux angles supérieurs.

Fauteuil Louis XVI du garde meuble national

Les motifs qui terminent le dossier, à chaque angle supérieur, sont encore un signe distinctif du style Louis XVI.

Les figures de 2154 à 2160, sont des Pieds de meubles et sièges, copiés au Garde-meuble national ou dessinés d'après La Londe. On y retrouve toute la finesse et l'élégance qui caractérisent l'ébénisterie sous Louis XVI ; la variété et la décoration des cannelures en sont intéressantes.

Pieds et moulures Louis XVI

Les figures 2161 à 2172 reproduisent d'après Deneufforge un certain nombre de moulures, dont les décorations et les profils applicables aussi bien à la menuiserie qu'à l'ébénisterie donnent exactement le caractère de la mouluration du style Louis XVI.

Les branches de chêne et de laurier avec des feuillages un peu allongés, les cannelures perlées, les faisceaux enrubannés, les rubans tournant autour d'une baguette, les perles, les palmettes d'acanthe, les bandes ornées de perles ou d'oves, les godrons presque méplats sont autant de formes spéciales à cette mouluration.

On retrouve ces caractères bien précisés dans les figures ci-après dessinées par La Londe :

Moulures Louis XVI

Fig. 2173. Acanthe avec courant de perles et talon de rais de cœur.

Fig. 2174. Baguette a tores de feuilles et rubans, avec talon de rais de cœur.

Fig. 2175. Feuilles d'eau, culots et perles.

Fig. 2176. Lauriers en paquets et talon d'acanthes.

Fig. 2177. Lauriers enrubannés, passant de perles et acanthes.

Fig. 2178. Culots.

Fig. 2179. Feuilles d'eau et talon de culots.

Fig. 2180. Chênes en paquets.

Fig. 2181. Talon et passant de perles.

Fig. 2182. Cannelures.

Fig. 2183. Faisceau à tore de feuilles, avec talon d'acanthes.

Fig. 2184. Acanthes et passant de perles.

Le style Louis XVI s'inspira beaucoup, au point de vue décoratif, des découvertes faites alors dans les fouilles d'Herculanum et de Pompéi ; il n'est pas difficile de reconnaître, aussi bien dans l'arrangement et dans la forme des ornements que dans les allures données aux trophées, avec oiseaux ou animaux qui agrémentent les compositions ornementales, les mêmes principes décoratifs que l'on observe dans les frises et fresques qui ornaient les maisons de plaisance des deux cités napolitaines enfouies dans la lave et que l'on commençait à mettre au jour.

La figure 2185, représentant un motif de décoration trouvée à Pompéi, montre de très évidente façon la connexité qui existe entre l'ornementation du Louis XVI et celle de la ville ancienne. Les ornements s'arrangent de même façon, avec des formes ayant de grandes analogies et les animaux qui sont mélés aux rinceaux sont de même tournure, de même silhouette, avec les mêmes allures élégantes.

Le lien de parenté de ces deux arts décoratifs est évident ; et l'influence des découvertes de Pompéi est manifeste.

La menuiserie offre exactement les mêmes caractères qui ont été définis plus haut.

La figure 2186, Porte cochère, en est un exemple. L'arrangement des panneaux, la simplicité des profils, la façon dont se terminent les tables d'attente, avec triglyphes, sont autant de moyens à l'aide desquels il est aisé de reconnaître les œuvres de cette période du XVIIIe siècle ; on retrouvera ces mêmes signes distinctifs dans presque toutes les œuvres de cette époque.

Porte cochère Louis XVI

Nous retrouvons les mêmes caractères dans la Porte cochère (fig. 2187), qui ressemble beaucoup à la précédente quant à sa disposition générale. Les cannelures et les triglyphes que l'on remarque dans les pilastres du panneau d'imposte indiquent la date de ce morceau de menuiserie bien que le heurtoir soit de style Louis XV. Ce heurtoir a dû être posé accidentellement, car nous remarquons que les rinceaux en fer qui décorent l'ouverture d'imposte sont, comme la porte, de l'époque de Louis XVI.

Porte cochère Louis XVI

La figure 2188, qui représente un Dessus de porte, d'après Ch. Delafosse, montre de très précise façon les formes d'ornementation employées dans le style Louis XVI. Il suffit d'avoir regardé avec attention la forme donnée aux feuilles d'acanthes la tournure ovale dés volutes et des rinceaux, et autres signes caractéristiques que nous avons indiqués plus haut, pour ne pas se tromper sur les particularités de ce style très différent de ceux qui l'ont précédé.

Dessus de porte d'après Ch. Delafosse

La figure 2189 est une Cheminée, d'après Ch. Delafosse ; on y retrouve aussi bien dans l'ensemble des lignes de la composition que dans les détails : chutes, cartouches, guirlandes, etc., tout ce qui a été défini plus haut comme caractérisant les œuvres de l'époque de Louis XVI.

Cheminée d'après Ch. Delafosse

La forme des cadres, celle des guirlandes de fleurs qui se jouent autour, l'ensemble de la mouluration, sont autant de signes très dinstinctifs que nous retrouvons dans la Cheminée (fig. 2190), faite d'après De Puisieux.

Cheminée Louis XVI d'après de Puisieux

Remarquons seulement que De Puisieux, qui vivait vers le milieu du XVIIIe siècle, garde encore dans son ornementation quelque souvenir de l'époque de Louis XV, comme on l'observe dans les coquilles et les ornements des panneaux qui accotent la cheminée, tandis que Delafosse qui était en pleine célébrité vers 1770, a gardé dans ses compositions toute la pureté des formes créées par le style Louis XVI. La comparaison entre les oeuvres de ces deux maîtres permet d'établir la ligne de démarcation entre le style Louis XVI et l'époque qui l'a précédé.

La menuiserie et l'ébénisterie contemporaines ont maintenu dans les travaux de style Louis XVI les caractères qui viennent d'être soulignés.

Porte Louis XVI d'après BouwensCe style, très proportionné à la dimension de nos appartements modernes, se prête tout à fait à leur décoration ; aussi en fait-on de fréquentes applications. Les salons, les chambres à coucher exécutés dans le style Louis XVI, tant pour les meubles et sièges que pour leur menuiserie, sont très nombreux.

Les meubles sont souvent en bois exotiques et garnis de bronzes dorés ; très souvent aussi, menuiserie et ébénisterie sont laquées, c'est-à-dire recouvertes de plusieurs couches de peinture, vernies ensuite. Ces peintures sont toujours de nuances très douces, parfois blanches. Dans le siège, le cannage à été fréquemment utilisé ; il était ou peint, ou doré. Cette fraîcheur dans la coloration, cette douceur dans les teintes employées sont encore des signes particuliers au style Louis XVI.

Dans la figure 2191, Porte exécutée par M. Bonhomme, menuisier, d'après M. Bouwens, architecte, nous retrouvons les moulurations et dispositions précédemment décrites.

Détails de la porte d'après Bouwens

La figure 2192 donne à grande échelle les coupes et détails principaux de cette porte.

Les figures 2193, 2194, 2195 reproduisent des sièges d'ébénisterie moderne où l'on retrouve les formes et les détails de sculpture que nous avons soulignés comme étant du style Louis XVI.

Siège Louis XVISiège Louis XVISiège Louis XVI

La figure 2196 représente une Boiserie style Louis XVI, composée d'une cheminée, d'une porte et de lambris ; c'est une menuiserie simple et de pur style.

Boiserie de style Louis XVI

La figure 2197 est une Porte de salon ornée de peintures et dont la sculpture et la mouluration précisent encore tout ce que nous avons dit des caractères de la décoration sous Louis XVI.

Porte de salon Louis XVI

Par les exemples qui viennent d'être donnés et qui sont, tous, puisés à des sources authentiques, on assiste à révolution progressive de l'ornementation et l'on voit successivement les moulures et les rinceaux passer des formes majestueuses, grandioses, solennelles du Louis XIV à celles plus menues, plus grêles, plus décadentes du Louis XV, pour redevenir, effet de réaction, modestes, sobres, et pures avec le Louis XVI.

Sous les années de la Révolution et du Consulat, les productions artistiques qui se manifestèrent furent de très peu d'importance et s'inspirèrent encore du style Louis XVI, bien que déjà alourdi par l'influence du style romain que la campagne d'Italie avait permis d'apprécier. Mais sous l'Empire, alors que l'ex général républicain avait coiffé la couronne des empereurs et rêvait de l'empire de César, toute la décoration ornementale ne fut plus qu'une copie fidèle, servile de ce que l'on avait vu et rapporté d'Italie : toute l'ornementation romaine avec ses lourdeurs, avec ses acanthes aiguës, avec ses moulures.

Le style Louis XVI, si charmant, si délicat et fin devient peu à peu compact et écrasé : les formes perdirent toute élégance.